LES APPARATIONS DE KIBEHO
UNE BREVE PRESENTATION

Statue de Notre-Dame de Kibeho

De tous et en tous lieux, la piété populaire au sein de l’Eglise Catholique s’est intéressée aux phénomènes et aux faits extraordinaires qui sont souvent liés à des révélations dites «privées», pour les distinguer de la Révélation positive et définitive apportée par Jésus Christ, le Verbe de Dieu fait chair. Ces révélations concernent particulièrement la piété mariale du fait des «apparitions» avec leur «messages», même si elles débordent ce cadre. Il peut arriver que certaines «apparitions» soient reconnues par l’autorité de l’Eglise. C’est le cas par exemple, pour celles qui eurent lieu à Lourdes en France, à Fatima au Portugal, ou à Banneux en Belgique. Malgré leur reconnaissance, elles n’appartiennent pas au dépôt de la foi. Aucun chrétien n’est donc obligé d’y croire; mais il lui est demande de faire preuve de respect envers ceux qui y croient.

La situation ainsi décrite vaut également pour les apparitions de Kibeho au Rwanda, reconnues par l’Eglise depuis le 29 juin 2001. Nous voudrions en faire ici une brève présentation, tout en encourageant le lecteur à se documenter davantage sur le sujet. Bien des éléments utilisés dans la rédaction de cette note d’information sont tirés largement de la Déclaration définitive de l’évêque de Gikongoro. Promulguée à la date du 29 juin 2001.

  1. Les faits en bref

KIBEHO est une localité située dans l’actuel district administratif de Nyaruguru, province de Gikongoro, à 36 km du chef lieu de cette province et à 30 km de la ville de Butare. Kibeho est aussi le nom donné à Mère de Dieu.

Si Kibeho fait parler de lui comme un lieu d’apparitions et de pèlerinages, tout a commencé dans la journée du 28 Novembre 1981 lorsqu’une jeune étudiante du collège de Kibeho, du nom d’Alphonsine MUMUREKE, prétendait voir une Dame d’une beauté incomparable qui s’est présentée sous le vocable de «NYINA WA JAMBO», c’est-à-dire «Mère du Verbe», aussitôt reconnue par la présumée voyante comme la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus notre Sauveur. Le phénomène se répéta dans la suite, à des intervalles plus ou moins espacés. La Vierge demandait à tous de se convertir, avoir la foi, et prier sans hypocrisie.

Alphonsine naquit le 21 mars 1965 à Cyizihira, dans la paroisse de Zaza (diocèse de Kibungo). Ses parents s’appelaient Thaddée GAKWAYA et Marie ImmaculéeMUKARUSANA. Elle fut baptisée adulte à l’âge de 12 ans, le 27/07/1977. Au moment des apparitions elle venait d’être admise au collège de Kibeho en octobre 1981, juste après ses études primaires.

Les premières réactions suscitées par ces événements insolites au sein de la communauté du collège comme à l’extérieur ne furent point tendres; il y a eu un éventail de prises de position allant d’un scepticisme qui craignait la supercherie, à une adhésion plus ou moins enthousiaste pouvant donner une brèche à des excès de crédulité et d’intolérance. On prit d’abord Alphonsine soit pour une folle, soit pour une malheureuse fille possédée par de mauvais esprits; ou bien encore pour une élève médiocre voulant jouer simplement la comédie pour mieux se faire accepter dans une école tenue par la Congrégation des Sœurs Benebikira.

Beaucoup de voix se sont fait entendre pour réclamer des signes de crédibilité. Au moment des extases, des élèves et des professeurs qui le voulaient la liberté de procéder à des tests sur Alphonsine en vue de la mettre à l’épreuve et de vérifier sa sincérité. Il fut même question de dire que si c’était bien la Sainte Vierge qui avait daigné visiter l’école, on prendrait cela au sérieux si au moins elle se montrait à d’autres élèves qu’à cette pauvre Alphonsine, originaire d’une région à laquelle des préjugés populaires attribuaient un brevet en magie raffinée. Alphonsine aurait beaucoup prié la Vierge de relever le défi en se manifestant à d’autres; elle exhorta également ses compagnes d’école à lui demander elles-mêmes la lumière nécessaire.

*  *  *

Peu de temps après, deux nouvelles voyantes présumées se manifestèrent au sein du collège l’une après l’autre, et cela en lien étroit avec Alphonsine. Il s’agit de Nathalie MUKAMAZIMPAKA, à partir du 12 janvier 1982. Celle-ci naquit en 1964 à Munini dans la paroisse de MUGANZA (district de Nyaruguru). Son Père s’appelle Laurent NGANGO; et sa mère, Gaudence KABAZIGA. Elle reçut le baptême à l’âge de 4 ans, le 02/02/1968. Au moment des apparitions, elle était inscrite à la 4ème année du collège. Voyante de la Vierge Marie, Mère de Dieu, Nathalie est connue surtout pour le message de la souffrance expiatoire et de la prière incessante pour un monde qui va très mal et risque de tomber dans un gouffre.

A partir du 2 mars 1982, Marie Claire MUKANGANGO, condisciple de Nathalie, se déclare à son tour comme voyante de la Vierge Marie. Ce cas eut l’effet d’une bombe dans la communauté du collège, car jusque-la Marie Claire se distinguait par son opposition farouche aux «prétendues» apparitions dont parlait Alphonsine. Marie Claire naquit en 1961 à Rusekera, dans la paroisse de Mushubi (District de Mushubi). Son père s’appelait Baseka, et sa mère Véronique Nyiratunga; elle reçut le baptême à l’âge de 5 ans, le 12/08/1988. au moment des apparitions; elle étudiait au collège de Kibeho, en 4ème année de la section Normale primaire. Comme voyante, elle est connue surtout pour le message du chapelet des 7 douleurs de la Vierge Marie, allant de pair avec un urgent appel au repentir.

Si pour certains cette augmentation du nombre des voyantes survenait pour compliquer encore davantage une situation déjà déconcertante, créée par Alphonsine, pour d’autres au contraire les deux nouveaux cas, surtout celui de Marie Claire, ont été interprétés comme un bon signe venu du ciel pour montrer que le prière d’Alphonsine avait été exaucée et soutenir la foi de tous ceux qui hésitaient encore à prendre au sérieux les apparitions dont elle était favorisée. Différents témoins interrogés au collège de Kibeho au cours de l’année 198, affirmaient avoir commencé à y croire à la suite de l’expérience extraordinaire de Marie Claire. Bref, l’opinion publique a tout fait pour trouver une explication naturelle du phénomène, mais sans beaucoup de publique à tout fait pour trouver une explication naturelle du phénomène, mais sans beaucoup de succès, étant donné un ensemble de faits étonnants qui dépassaient le simple entendement humain.

Malgré des critiques et des objections de tout sorte contre les apparitions, un mouvement d’adhésion commença à se développer assez rapidement à l’intérieur comme à l’extérieur du collège de Kibeho. Déjà avant les vacances de Noël 1981, un groupe d’élèves et de professeurs «convertis» se montrait assidu à des réunions de prière avec Alphonsine, où l’on récitait le chapelet scandé par des cantiques en l’honneur de la Sainte Vierge.

A partir du mois de mai 1982, le phénomène des apparitions allait s’étendre à l’extérieur du collège de Kibeho pour gagner l’école primaire du lieu et les collines environnantes, voire même atteindre des localités plus éloignées, tel un feu de brousse. Or, ce qui frappe aussi; c’est qu’au sein même du collège le nombre des voyantes s’est arrêté spontanément à trois une fois pour toutes et très tôt, sans aucune intervention extérieure d’une autorité humaine. Par contre, le nombre de nouveaux voyants ne cessa d’augmenter en dehors du collège d’une façon aussi rapide que troublante. Bien tardivement il fut même question de présumées apparitions de Jésus, à partir de juillet 1982: soit sept mois après le début de celles de la Vierge. Mais avec le temps, les présumés voyants de Jésus connus des pèlerins de Kibeho ont fini par évoluer de façon plutôt inquiétante.

  *  *  *

Un autre fait à souligner, est que les jours d’apparitions publiques, il y avait pratiquement pas d’extases en groupe ni en même temps; au contraire, les voyants avaient chacun des apparitions individuellement et à tour de rôle, soit en se relayant sur le lieu, soit en bénéficiant seul d’une «visite céleste» quasi exclusive, pendant que les autres ne faisaient qu’y assister comme tout le monde. Ces apparitions étaient généralement maruquées par des chutes lourdes à la fin des extases.

Elles se distinguaient aussi par une abondance de paroles, la longueur des extases, des chants, des prières d’intercession, des bénédictions (surtout au moyen de l’eau), des chutes répétées scandant une même apparition à certains jours (à partir du 15 août 1982 jusqu’à la fin du carême 1993), et d’autres souffrances mortifiantes. Le Carême 1993 en particulier fut caractérisé par des jeûnes extraordinaires, qui ont été suivis de très près par une équipe de médecins de l’Université Nationale du Rwanda.

Alphonsine MUMUREKE dit avoir effectué avec la Vierge le 20 mars 1982 un «voyage mystique» de plusieurs heures à travers des Alphonsine Mumureke dit avoir effectué avec la Vierge le 20 mars 1982 un «voyage mystique» de plusieurs heures à travers des «lieux» qu’elle décrit dans un langage symbolique qui fait penser à des réalités telles que l’enfer, le purgatoire, et le ciel mais avec un vocabulaire tout différent de celui du catéchisme. Nathalie Mukamazimpaka connut une expérience similaire le 30 octobre 1982.

Les apparitions de Kibeho ont eu l’effet d’attirer du monde assez tôt. A certains jours, comme le 31 mai ou le 15 août 1982 par exemple, on a pu évaluer la foule à plus de 10.000 personnes environ, de tous âges et de toutes les catégories sociales. Il est vrai cependant que ce public demeure longtemps bigarré; car, à côte des pèlerins venus pour des raisons de foi et de piété, il pouvait y avoir une foule de curieux ou de gens qui étaient simplement à la recherche d’un merveilleux facile. La situation s’est décantée graduellement.

Le temps fort d’apparitions significatives s’est terminé avec l’année 1983, au cours de laquelle la plupart des présumés voyants alors connus du public quittèrent la scène l’un après l’autre en déclarant que pour eux les apparitions seraient terminées. Sauf pour Alphonsine, dont la raréfaction des apparitions était cependant devenue une évidence déjà avant décembre 1982.

A partir de l’année 1984, seules quelques voyantes dites «secondaires», venues tardivement sur la scène, avaient des apparitions publiques à des dates stéréotypées et à des intervalles fort espacés, mais sans originalités ni apport nouveau au message.

Les apparitions de Kibeho pris fin officiellement le 28/11/1989, date à laquelle Alphonsine qui fut au début de ces événements, a eu la dernière apparition de la Vierge en public. Elle a précisé qu’elle n’en aurait plus même en privé. Ce fait significatif, intervenu 8 ans après la toute première apparition de la Vierge à Kibeho, est communément apprécié comme un repère historique important pour quiconque voudrait connaître ce qui s’est passé et se former un jugement là-dessus; c’est cette date du 28/11/1989 que l’autorité ecclésiastique compétente a retenue comme le temps limite pour le déroulement de ces phénomènes.

La durée des apparitions de Kibeho dans le temps a été remarquablement longue; beaucoup de paroles ont été dites, et bien des faits plus ou moins mystérieux se sont passés au fil des années. Mais le phénomène de prolifération des présumés voyants dans la région même de Kibeho comme à travers tout le pays avait réellement de quoi dérouter bien des pèlerins ainsi que les personnes chargées officiellement de suivre de près l’évolution de ces événements. Au 28/11/1982, soit un an après la toute première apparition à Alphonsine, les présumés voyants répertoriés dans le fichier des commissions d’enquête étaient déjà au nombre déjà au nombre de 14; et au 28/11/1983, ils étaient à 33! Presque tous des filles. Les uns prétendaient voir la Vierge Marie; d’autres, Jésus son Fils; et un troisième groupe, la Vierge ou Jésus suivant les jours. La situation était fort complexe.

Dans bien des cas une crédulité facile ou un excès de respect «religieux» envers les prétendus voyants semblent avoir contribué en partie à leur prolifération. On en a vu même qui se mettaient à circuler dans certaines régions du pays pour répandre de soi-disant messages, sans se préoccuper de l’accord de l’autorité ecclésiastique compétente. Ils quittaient ainsi leurs propres familles pour aller se faire héberger dans certains ménages dévots; de là ils allaient de temps à autre s’exhiber à Kibeho ou bien harceler des autorités religieuses et civiles de leurs messages prétendus reçus du ciel. Très souvent ces messages n’étaient que de simples banalités ou des prédictions troublantes et déroutantes pour bien des gens.

Il y en d’autres qui disaient avoir été chargés par Jésus ou par la Vierge Marie d’une mission spéciales d’aller proclamer leur message à l’étranger, surtout dans les pays limitrophes, mais aussi à Rome, au Canada , etc. a ce sujet, Mgr Jean Baptiste Gahamanyi, évêque du diocèse de Butare dont Kibeho faisait partie jusqu’en 1992, crut utile de préciser dans sa Lettre pastorale du 30 Juillet 1986 que, les événements de Kibeho étant toujours à l’étude, il ne pouvait être question pour lui, en tant qu’ordinaire du lieu, «de donner à qui que ce soit parmi les voyant une mission quelconque en rapport avec ces événements, ni de se porter garant des messages qu’ils disent reçus du ciel, même si certains propos tenus par eux sont bons et touchent les cœur». L’Ordinaire du lieu visait ainsi des cas de voyants improvisés «missionnaires» ou prédicateurs itinérants. Cette position a été reprise à son compte par Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro depuis 1992, elle demeure définitive.

A maintes reprises, l’ordinaire du lieu a fait appel au bon sens des chrétiens et à leur sens commun de la foi pour faire un bon discernement vis-à-vis de toutes de sortes de personnes qui se manifestent ou même circulent un peu partout disant avoir des visions surnaturelles ou être porteuses de messages particuliers venant du ciel. A la lumière d’un ensemble de signes, nombre de pèlerins de Kibeho ont su, de fait discerner petit des voyants qui, à leur yeux, méritaient d’être davantage écoutés, et bien d’autres qui, au contraire, paraissaient plutôt suspects ou même faux, à des degrés divers.

pour lire tout le texte | Read the text in English | Deklaracja po polsku


Misericorde Divine | Marian Home Page | Gift Shop | Le Fondateur des Pères Marians | Generalate